]]>

10 août 2005

Recherche villa désespérement

C'était une maison ordinaire, « dans son jus » comme on dit, avec pour seul charme sa situation, il est vrai exceptionnelle, sur les hauteurs de Saint-Tropez, vue plongeante sur la mer. Un marchand de biens local, qui préfère prudemment conserver l'anonymat, l'a dénichée cet hiver avec l'idée de la démolir pour la reconstruire au goût du jour, puis de la louer, voire de la vendre. Mais une fois la baraque à moitié à terre, le voilà contacté par un client impatient. « Je vous la vends cet été, quand elle sera terminée », promet le marchand. « Non, je la veux comme ça et tout de suite », insiste l'acheteur. « Dans cet état, c'est plus cher », tente notre investisseur avisé. « En quinze jours, j'ai fait 230 000 euros de plus-value », confie-t-il aujourd'hui, avec un sourire satisfait.

Caprice de milliardaire ? Devenir propriétaire sur la minuscule commune de Saint-Tropez, ou sur Ramatuelle - où s'étirent les 4,7 kilomètres de plage de Pampelonne - et ses hauteurs truffées de villas plus ou moins ostentatoires, relève carrément de la gageure. C'est qu'ici, même pour les portefeuilles très garnis, il est difficile de trouver des propriétés à vendre et quasi impossible de tomber sur un terrain constructible. Les étendues vierges sont farouchement protégées par un plan d'occupation des sols (POS) draconien.

Ici, c'est bien sûr la qualité du site et des constructions qui fait le prix des maisons, mais surtout leur rareté. « Ce sont les acheteurs qui viennent nous voir, pas les vendeurs, explique Olivier Le Quellec, enfant du pays et agent immobilier prospère, le meilleur carnet d'adresses de la presqu'île. Les acheteurs sont de plus en plus impatients : ils veulent se faire plaisir tout de suite. Ça se paie. »

Ici, rien ne se passe donc comme ailleurs, c'est-à-dire par petites annonces, mais plutôt par l'intermédiaire des réseaux. Le Quellec, beau gosse bronzé à l'allure de « jet-setteur », passe, l'air de rien, ses journées à la plage, sur les terrains de tennis, sur les bateaux ou dans les dîners chics, tentant de convaincre des propriétaires réticents. On peut le comparer à un antiquaire, ou à un marchand d'art, qui a en tête les caprices de ses clients et traque pour eux la perle rare.

Inflationniste depuis 1997, le marché de l'immobilier tropézien a encore franchi des sommets cette année. Il faut compter entre 10 000 et 15 000 euros le mètre carré pour un appartement bien placé dans le village. Dans le secteur du Capon, une propriété de 600 mètres carrés sur un parc de 1 hectare vient d'être vendue 18 millions d'euros. On dit aussi que la fille de Boris Eltsine a déboursé 24 millions d'euros pour s'offrir une villa au-dessus de la plage des Salins. On avance même le chiffre fou de 43 millions d'euros pour une vaste propriété en bord de mer, située dans le fameux « Triangle d'or » compris entre les secteurs du Capon, du Pinet et de la Moutte. Heureusement, il est encore possible, mais si, mais si, avec un tout petit budget (compter quand même 1,5 million d'euros) de dénicher une maisonnette. Evidemment à restaurer.

Les clients de ces folies sont pour pour la plupart anglais, belges, néerlandais, souvent industriels ou hommes d'affaires, rarement issus de la jet-set, contrairement aux idées reçues.

Catherine Lagrange du site Lepoint.fr