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12 septembre 2005

l’enfer du mal-logement

Les incendies qui ont causé en quelques mois la mort de près d’une cinquantaine de personnes à Paris, ont de nouveau mis en évidence la grave crise du logement que connaît notre pays et particulièrement en région Île-de-France. Ils exposent au grand jour les conditions de vie extrêmes dans lesquelles ces populations fragiles, dont beaucoup sont issues de l’immigration africaine, sont contraintes de vivre faute d’alternative. Le manque de place et la surpopulation, l’absence d’électricité et d’eau, parfois coupées à l’initiative des propriétaires, la grande vétusté des logements qui se double souvent d’une dangerosité surtout pour les enfants (saturnisme, escalier mal protégé, etc.) sont le lot quotidien de dizaine de milliers de personnes dans la capitale.

À cette situation dramatique, le gouvernement répond par des mesurettes en complet décalage avec l’intensité de la crise. Que valent l’extension du prêt à taux zéro pour les ménages urbains ayant des revenus compris entre 4 000 et 7 000 euros, la revalorisation ridicule des aides personnelles au logement gelées depuis 2003, quand ce sont 900 000 logements à bas coût qui manquent aujourd’hui en France ? Aider les ménages supérieurs à acquérir un logement ne résoudra pas le problème de la pénurie, tout au plus cette mesure contribuera-t-elle à entretenir la spéculation immobilière qui n’avait vraiment pas besoin de ce nouveau coup de pouce ! La seule issue à la crise réside dans la construction de logements adaptés aux ressources des familles. Et l’on ne peut cette année encore être que pessimiste pour l’avenir. 2005 sera « une mauvaise année » pour la construction de logements sociaux en Île-de-France, qui concentre le tiers des demandes hexagonales, affirmait mercredi dernier Stéphane Dambrine, le président de l’AORIF, qui regroupe les organismes HLM de la région. Quant à l’autre réponse gouvernementale, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, elle n’en est pas moins inadaptée. La violence en plus. Expulser les habitants du squat de la rue de la Fraternité et de l’immeuble de la rue Tombe- Issoire avec comme « argument » leur sécurité, mais sans se soucier de leur relogement autre que temporaire, traduit une politique à court terme qui n’a d’autre visée que de flatter l’électorat de la droite dure en entretenant l’amalgame : squatters = étrangers = indésirables. Les habitants de ces deux immeubles, dont la majorité avait des papiers en règle, étaient en relation étroite avec les associations. Des discussions existaient avec la préfecture de police et la Ville de Paris en vue d’un relogement. « Si le but était de rendre service aux personnes et non pas de faire de l’agitation médiatique, on agirait en concertation avec les associations concernées », relevait Martin Hirsch, président d’Emmaüs. Mais cela ne semble pas être le souci premier du ministre de l’Intérieur, qui affirmait dimanche dernier que cette politique continuerait. Les habitants de ces squats et immeubles insalubres que nous avons rencontrés disent leur appréhension d’être les prochaines victimes de la vindicte sarkozienne. Ils sont loin de la caricature dépeinte par le premier flic de France et nous racontent leur misère quotidienne, faite de privations et d’humiliations, avec la plus grande dignité. Cyrille Poy

source : l'humanite