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16 août 2005

Un clandestin, ça fait marcher le commerce

Les immigrés clandestins font marcher l'économie américaine", affirme l'hebdomadaire Business Week, qui est allé à la découverte du monde pas si souterrain des travailleurs illégaux aux Etats-Unis. "Ils sont 11 millions - certains parlent même de 20 millions - à être entrés et à demeurer illégalement aux Etats-Unis, à y vivre, à y travailler et surtout et avant tout à y consommer." Car, note Business Week, les entreprises américaines de la grande consommation, sans états d'âmes, tentent désormais de conquérir ce marché des clandestins, potentiellement énorme. "L'Association nationale de l'immobilier hispanique estime que rien qu'en prêts immobiliers les clandestins représentent un minimum de 60 milliards d'emprunts sur les cinq prochaines années. Et le Pew Hispanic Center, qui est un think tank consacré aux Etasuniens d'origine hispanique, calcule que le revenu moyen d'un ménage de clandestins varie entre 27 000 et 46 000 dollars par an", soit grosso modo entre 1 800 et 3 000 euros par mois. "

"Lui a 30 ans, elle en a 29 ; ils ont deux filles, l'une de 8 ans et l'autre de 2 mois. Ils possèdent un restaurant-mobile dans lequel ils cuisinent des tacos, des empanadas et autres aliments de type tex-mex. Ils sont entrés aux Etats-Unis voilà cinq ans en passant de nuit le Rio Grande. Ils se sont procuré les papiers de base au consulat du Mexique et, avec cela, ils ont obtenu les documents leur permettant de payer leurs impôts et donc d'avoir accès à des emprunts bancaires.

Aujourd'hui, ils gagnent 43 000 dollars par an, ils ont acheté leur restaurant-mobile 11 000 dollars à un vendeur local, ainsi qu'un camping-car de bonne qualité dans lequel ils vivent et qui leur a coûté 70 000 dollars. Ils épargnent le plus possible dans une banque afin de pouvoir s'offrir bientôt une maison.

Un exemple de ce que de tels consommateurs peuvent apporter à l'économie américaine", conclut Business Week, qui plaide donc pour une régularisation massive des clandestins au nom de la bonne santé économique du pays. Cette suggestion n'est pas pour plaire aux néoconservateurs, qui font valoir, raconte Business Week, que "les étrangers illégaux coûtent cher à la sécurité sociale parce qu'ils se font soigner sans pouvoir rembourser, ils coûtent cher aux programmes sociaux parce qu'ils vivent à leurs crochets... "

Un discours, signale l'hebdomadaire, qui ne tient pas face aux faits – "à savoir que les clandestins travaillent beaucoup et gagnent rapidement leur vie, et que la plupart d'entre eux cherchent à s'assurer dès qu'ils le peuvent, ce qui fait d'ailleurs les beaux jours d'une mutuelle comme Blue Cross of California".

Eric Glover